Les vraies raisons de la guerre ne sont pas celles données par Israël

Publié le par JasmiN

Les vraies raisons de la guerre ne sont pas celles données par Israël, par Johann Hari

un article de Joann Hari sur The independent

Les raisons avancées par Israël pour justifier le bombardement de Gaza font l’impasse sur la réalité fondamentale de ce conflit. Israël ne désire pas la paix mais la défaite complète des Palestiniens et de leur revendication légitime du retour aux frontières de 1967. Clamant vouloir protéger les civils, Israël a pourtant soumis la population de Gaza à un blocus inhumain - punition collective pour cause de vote politiquement incorrect - cyniquement qualifiée de « mise au régime » par un conseiller de Sharon, et provoque aujourd’hui des centaines de victimes dans une population prise au piège. Comment ne pas voir, pourtant, que cet aveuglement qu’autorise la supériorité militaire et la complicité de l’occident ne conduira jamais à une paix durable, c’est à dire équitable, seule garante de la sécurité d’Israël ? Chaque jour qui passe, de nouveaux combattants Palestiniens se léveront, emplis du désir de revanche, prêts à tout pour faire reconnaitre un droit reconnu par l’ONU voilà 40 ans, mais qui reste en souffrance depuis lors. Et dans les circonstances actuelles, comment ne pas le comprendre ?



Par Johann Hari, The Independent, 29 décembre 2008



Le monde n’est seulement le spectateur d’un crime commis par le gouvernement israélien dans la bande de Gaza. Nous le voyons également se nuire à lui-même. Aujourd’hui, demain, et chaque jour jusqu’à ce que cesse cette violence punitive, les jeunes de la bande de Gaza seront encore plus emplis de haine, et plus déterminés à combattre, avec des pierres, des attentats suicides ou des roquettes. Les dirigeants israéliens se sont convaincus que plus on frappe durement les Palestiniens, plus doux ils deviendront. Mais lorsque tout ceci sera terminé, la rage contre les Israéliens se sera endurcie, et les compromis devront encore attendre, abandonnés en déshérence sur les bas côtés de la route de l’histoire.


Pour comprendre à quel point il est effrayant de vivre à Gaza aujourd’hui, il faut avoir séjourné sur cette petite parcelle de terre bétonnée le long de la Méditerranée et y avoir ressenti la claustrophobie. La bande de Gaza est plus petite que l’île de Wight, mais elle est surpeuplée, avec 1,5 millions de personnes qui ne peuvent jamais la quitter. Ils vivent leur vie les uns sur les autres, sans emploi et affamés, dans de grands immeubles délabrés. Des étages supérieurs, on peut souvent voir les frontières de leur monde : la Méditerranée, Israël et les fils de fer barbelé. Quand les bombes commencent à tomber - comme c’est le cas maintenant, avec plus de violence meurtrière qu’à aucun autre moment depuis 1967 - il n’y a nulle part où se cacher.

Une autre guerre va maintenant débuter. Elle portera sur l’histoire de cette guerre. Le gouvernement israélien déclare : « Nous nous sommes retirés de la bande de Gaza en 2005 et, en retour, nous avons eu le Hamas et une pluie de roquettes Qassam sur nos villes. Seize civils ont été assassinés. Combien d’autres vies devons-nous sacrifier ? » Il s’agit d’un récit plausible, et il comporte des fragments de vérité, mais il est aussi rempli de trous. Si on veut comprendre la réalité et mettre réellement un terme aux tirs de roquettes, il est nécessaire de revenir en arrière de quelques années et d’analyser la préparation de cette guerre sérénité.

Le gouvernement israélien s’est en effet retiré de la bande de Gaza en 2005 - afin d’être en mesure d’intensifier le contrôle de la Cisjordanie. Dov Weisglass, le principal conseiller d’Ariel Sharon avait été sans équivoque à ce sujet, expliquant : « Le désengagement, c’est du formol, en réalité. Il fournit la quantité de formol qui est nécessaire pour qu’il n’y ait pas de processus politique avec les Palestiniens ... l’ensemble de ce paquet que l’on appelle l’Etat palestinien a été retiré de notre ordre du jour indéfiniment. » [1]


Les Palestiniens ordinaires ont été horrifiés par ces paroles, et par la corruption de leurs dirigeants du Fatah, de sorte qu’ils ont voté pour le Hamas. Cela n’aurait certainement pas été mon choix - un parti islamiste est contraire à toutes mes convictions - mais nous devons être honnêtes. Le scrutin était libre et démocratique, et il n’exprimait pas un rejet de la solution des deux États. Le sondage le plus détaillé sur l’opinion des Palestiniens, réalisé par l’Université du Maryland, a révélé que 72% veulent une solution à deux États sur les frontières de 1967, alors que moins de 20% veulent récupérer l’ensemble de la Palestine historique. Ce qui explique que, en partie pour réponse à cette attente, le Hamas ait offert à Israël une longue, longue trêve et une acceptation de facto des deux Etats, à la seule condition qu’Israël retourne dans ses frontières légales.


Plutôt que de saisir cette occasion et de tester la sincérité du Hamas, le gouvernement israélien a réagi en punissant toute la population civile. Il a annoncé un blocus de la bande de Gaza afin de faire « pression » sur son peuple pour qu’il infirme le résultat du processus démocratique. Les Israéliens ont encerclé la bande de Gaza et refusé de laisser quiconque ou quoi que ce soit en sortir. Ils ont laissé entré un peu de nourriture, de carburant et de médicaments - mais pas suffisamment pour survivre. M. Weisglass avait alors déclaré que les habitants de Gaza avaient été « mis au régime ». Selon Oxfam, seuls 137 camions de vivres ont été autorisés à pénétrer dans la bande de Gaza le mois dernier pour nourrir 1,5 millions de personnes. Les Nations Unies indiquent que la pauvreté y a atteint un « niveau sans précédent ». Lors de mon dernier séjour dans la bande de Gaza assiégée, j’ai vu les hôpitaux refuser des malades parce qu’ils étaient à court de médicament et de matériel. J’ai rencontré des enfants souffrant de la faim chancelant dans les rues, fouillant les déchets à la recherche de nourriture.

C’est dans ce contexte - celui d’un châtiment collectif visant à renverser une démocratie - que certaines forces au sein de la bande de Gaza ont fait quelque chose d’immoral : ils ont tiré des roquettes Qassam à l’aveuglette sur les villes israéliennes. Ces roquettes ont tué 16 citoyens israéliens. C’est ignoble : prendre pour cible des civils est toujours un meurtre. Mais il a de l’hypocrisie de la part du gouvernement israélien quand il affirme se préoccuper de la sécurité des civils alors qu’il a pratiqué une politique consistant à terroriser des civils.

L’Amérique et les gouvernements européens réagissent avec une partialité qui ne tient pas compte de ces réalités. Ils déclarent qu’on ne peut s’attendre à voir Israël négocier sous les tirs de roquettes, mais ils exigent que les Palestiniens le fassent alors que la bande de Gaza est en état de siège et que se poursuit l’occupation militaire violente de la Cisjordanie.

Avant que cela ne soit définitivement oublié, il convient de rappeler que la semaine dernière, le Hamas avait offert un cessez-le-feu en échange d’un compromis simple et réalisable. N’utilisons pas mes mots pour le dire. Selon la presse israélienne, Yuval Diskin, l’actuel chef du service de sécurité israélien Shin Bet, « a déclaré au Conseil des Ministres israélien [le 23 Décembre] que le Hamas est intéressé dans la poursuite de la trêve, mais veut améliorer ses conditions. » M. Diskin a expliqué que le Hamas demandait deux choses : la fin du blocus, et un cessez-le-feu israélien en Cisjordanie. Le Conseil des Ministres - saisi par la fièvre électorale et désireux d’apparaître intransigeant - a rejeté ces termes.


Le cœur du problème a été énoncé sans ambages par Ephraim Halevy, l’ancien chef du Mossad. Il a déclaré que bien que des militants du Hamas - comme nombre d’israéliens d’extrême-droite - rêvent de chasser leurs adversaires, « ils ont reconnu que cet objectif idéologique n’est pas atteignable et ne le sera pas dans un avenir prévisible. » Au lieu de cela, « ils sont prêts et disposés à envisager la création d’un Etat palestinien dans les frontières provisoires de 1967. » Ils sont conscients que cela signifie qu’ils « vont devoir adopter une voie qui pourrait les amener loin de leurs objectifs initiaux » - et vers une paix à long terme basée sur le compromis.

Le front du refus [2] des deux camps - de l’iranien Mahmoud Ahmadinejad d’Iran à l’israélien Bibi Netanyahou - serait alors marginalisés. C’est la seule voie qui peut encore conduire à la paix mais c’est celle que le gouvernement israélien se refuse à emprunter. M. Halevy, explique : « Israël, pour des raisons qui lui sont propres, n’a pas voulu transformer le cessez-le-feu en l’amorce d’un processus diplomatique avec le Hamas. »

Pourquoi Israël agit-il de cette façon ? Le gouvernement israélien veut la paix, mais seulement une paix imposée selon ses propres termes, fondée sur l’acceptation de la défaite par les Palestiniens. Cela signifie que les Israéliens peuvent conserver des portions de la Cisjordanie sur « leur » côté du mur. Cela veut dire qu’ils gardent les plus grandes des colonies de peuplement et le contrôle de l’approvisionnement en eau. Et cela signifie une Palestine divisée, avec la responsabilité sur Gaza confiée à l’Egypte, et une Cisjordanie séparée et isolée. Les négociations constituent une menace pour ce projet : elles nécessiteraient pour Israël de renoncer à plus que ce qu’il ne veut accorder. Mais une paix imposée ne sera pas une paix : elle ne mettra pas fin aux tirs de roquettes ou à la rage des palestiniens. Pour obtenir une sécurité réelle, Israël devra engager le dialogue et trouver un compromis avec le peuple qu’il soumet au blocus et bombarde aujourd’hui.

Les flammes qui brûlent Gaza pourraient être éteintes si l’on écoutait les mots de l’écrivain israélien Larry Derfner : « la guerre menée par Israël contre la bande de Gaza doit être la plus disproportionnée sur terre ... Si le but est d’y mettre fin, ou au moins de commencer à y mettre fin, la balle n’est pas dans le camp du Hamas - elle est dans le nôtre. »




[1] Dov Weisglass, octobre 2004 : In his interview for Haaretz, he described disengagement from Gaza as "formaldehyde". "It supplies the amount of formaldehyde that is necessary so there will not be a political process with the Palestinians." “Effectively, this whole package called the Palestinian state, with all that it entails, has been removed indefinitely from our agenda.” BBC

[2] Ndt : rejectionnist

Publié dans Gaza News Info

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