Pour justifier la guerre, Israël préfère oublier le succès de la trêve

Publié le par JasmiN

Pour justifier la guerre, Israël préfère oublier le succès de la trêve, par Paul Woodward

De juin à novembre 2008, la trêve a été appliquée avec succès par le Hamas. C’est uniquement lorsque Israël a rompu cette trêve le 5 novembre en lançant un raid qui a tué six membres du Hamas, que celui-ci a cessé d’appliquer l’accord conclu en juin. Aujourd’hui, la réalité de cette trêve, qui aurait normalement du conduire Israël à lever le blocus économique de Gaza, est dérangeante. A tel point que le site des Affaires Etrangères israélien a modifié un graphique représentant les tirs de roquettes afin de minimiser l’importance de ces quatre mois ou la paix commençait à s’installer. Et que le site web des forces armées israéliennes omet de mentionner cette période.

Par Paul Woodward, War in Context, 4 janvier 2009


Pendant quatre mois, sur une période s’étendant de l’été à l’automne, la trêve entre Israël et le Hamas a été un remarquable succès. De fait, si Israël avait douté de la capacité ou la volonté du Hamas de s’engager dans une trêve, l’État juif n’aurait eu aucune raison de demander que cette trêve soit prolongée lorsque sa date d’expiration, fin décembre, se rapprochait.

Mais l’heure est à la guerre, désormais. Non seulement la discussion d’une trêve est exclue par les initiateurs de cette guerre, mais l’histoire est également réécrite afin de minimiser la valeur d’un cessez-le-feu. Le souvenir de cette récente accalmie - la plus durable période de paix qu’aient connu les habitants du sud d’Israël au cours de ces dernières années - doit maintenant être effacé.

Un graphique élaboré par le gouvernement israélien représentant cette période de trêve raconte cette histoire récente en des termes que même un enfant pourrait comprendre.

Voici le graphique que le Ministère israélien des Affaires Etrangères affichait sur son site Web démontrant que de juillet à octobre le nombre de roquettes tirées, quoique non nul, se rapprochait de zéro. D’une moyenne de 179 roquettes par mois dans la période précédente de 2008, le nombre de tirs était tombé à seulement trois par mois (cf graphique ci-dessus).

Maintenant que la machine de propagande israélienne est repartie à plein régime, cette image montrant une trêve effective ne convient plus aux objectifs actuels du gouvernement israélien. En revanche, il est devenu plus correct de tenter de dissimuler ces nombres - par des chiffres ! Le ministère des Affaires Etrangères a ainsi supprimé le graphique dépouillé ci-dessus pour le remplacer par :

(JPG)

Dans la première image, les barres graphiques décrivaient de façon spectaculaire l’augmentation puis la chute du nombre de tirs de roquettes. Dans la version révisée, des blocs de taille égale (contenant les nombres) sont utilisés pour masquer le graphique. L’effet est clairement destiné à essayer de représenter l’accalmie comme n’étant rien de plus qu’une ondulation mineure dans une période d’attaques ininterrompues.

Le message qu’Israël veut maintenant faire passer, c’est que la trêve n’a jamais vraiment fonctionné. Au lieu de reconnaître que la trêve s’est effectivement effondrée lorsque Israël a lancé l’opération « double défi » le 5 Novembre, les tirs de roquettes qui ont suivi ce raid israélien sont utilisés pour masquer le fait que les tirs avaient réellement diminué avant cette date.

Si quelqu’un doute que ce raid israélien constituait bien une violation de la trêve, en dépit des déclarations sur l’attachement au succès de celle-ci, imaginez quelle aurait été la réaction d’Israël et du monde face à un raid mené par le Hamas sur le territoire d’Israël provoquant la mort de six soldats israéliens. Cela n’aurait pas été considéré comme une entorse à la trêve, mais comme un acte de guerre.

Sur le site web du porte-parole des forces armées israéliennes, une page de statistiques sur les tirs de roquettes, reproduite ci-dessous, omet tout simplement cette partie du dossier qu’Israël estime désormais inopportune de mentionner :

Entre la prise du pouvoir du Hamas et le début de la Tahadiya (trêve), (14 juin 2007 - 16 juin 16), on constate une moyenne de plus de 361 attaques par mois - une augmentation de plus de 350%.

Les 4 et 5 novembre, Israël a lancé l’opération « double défi », ciblant un tunnel que le Hamas construisait dans le cadre d’un plan visant à kidnapper des soldats israéliens.

A partir de la fin de l’opération « double défi » jusqu’à la fin de la Tahadiya [la trêve], (4 Novembre au 19 Décembre 2008) une période de seulement un mois et demi, on compte 170 tirs de mortiers, 255 Qassams, et 5 Grads visant la population civile en Israël.

Depuis la fin de la Tahadiya (19 Décembre 2008) jusqu’au début de l’opération « plomb fondu », (27 décembre 2008) une période d’un peu plus d’une semaine, environ 300 obus de mortier et roquettes ont été tirés sur Israël.

Depuis le début de l’opération « plomb fondu », 500 nouveaux tirs ont eu lieu, dont après vérification, 284 roquettes (Qassams et Grad), et 113 tirs de mortiers.

Ces quatre mois de trêve sont-ils donc sans aucune valeur ? Étant donné qu’ils sont devenus le précurseur de la guerre, la réponse désormais est oui, apparemment.

Mais cela n’aurait pas du tourner de cette façon. L’efficacité avec laquelle le Hamas a fait appliquer la trêve aurait dû inciter Israël à lever son blocus économique de Gaza.

Au lieu de quoi, nous sommes une fois de plus les témoins de l’appétit apparemment insatiable d’Israël pour la guerre, même s’il ne se lasse pas de clamer sa volonté de paix.

Publié dans Gaza News Info

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article