Quand le mot victoire est vide de sens

Publié le par JasmiN

Tribune : Quand le mot victoire est vide de sens

« Si l’armée israélienne parvient à ses objectifs et que le Hamas est détruit à la fois comme une armée et en tant qu’organisation, elle aura également détruit les derniers vestiges du gouvernement dans la bande de Gaza. Israël aurait alors combattu pour revenir à la situation de 1994, avant l’avènement de l’Autorité Palestinienne, quand il contrôlait directement la bande de Gaza. Cela n’est manifestement pas ce qu’il veut, parce que cela signifierait une nouvelle prise de contrôle des 1,5 million d’habitants de Gaza. » Editorial du Guardian.


Editorial, The Guardian, 5 janvier 2009


Il n’y a qu’une seule certitude depuis qu’Israël a lancé ce week-end ses chars et des milliers de soldats dans le plus grand assaut sur la bande de Gaza depuis quatre ans : le nombre de victimes parmi la population civile augmentera exponentiellement. Israël peut envoyer des avertissements par téléphone, par tracts ou tirer des coups de semonce, en direction des habitants de Gaza pris au piège de leurs maisons, mais la réalité est qu’il n’y a nulle part où s’échapper pour 1,5 millions de personnes. Gaza est un ghetto sans issue.

Juste avant que l’offensive terrestre ne soit lancée ce samedi, Israël a tiré un obus sur le Square de la Palestine, le principal quartier commerçant de la ville de Gaza et cinq Palestiniens ont été tués. Auparavant, avait été détruite l’American International School, une école privée, qui avait déjà été attaquée par des miliciens. Une autre frappe aérienne a détruit une mosquée à Beit Hanoun, au cours de la prière du soir, tuant une douzaine de Palestiniens. Hier après-midi, une mère et ses quatre enfants ont été tués par une frappe aérienne dans la ville de Gaza. Pendant les combats menés par les forces israéliennes la nuit dernière à la périphérie de la ville de Gaza, les morts de Palestiniens innocents se poursuivent.

La dernière fois que les chars sont entrés dans la bande de Gaza, en février et mars l’année dernière, plus de la moitié des victimes palestiniennes étaient des civils, selon Human Rights Watch. Ce scénario va se répéter aujourd’hui. Après une semaine de bombardements aériens le nombre de morts s’élève déjà à près de 500, dont environ 70 sont des enfants et 27 des femmes, selon des sources palestiniennes indépendantes. Sur les 2650 blessés de Gaza, plus de 270 sont des femmes et 650 des enfants. Cela dément l’affirmation selon laquelle Israël prend pour cible les militants du Hamas. Même en étendant cette définition pour y inclure les policiers, il s’agit d’une opération « chirurgicale » dans laquelle des civils meurent par centaines.

Il reste cependant de nombreuses incertitudes. Le souvenir de l’humiliation subie par Israël devant le Hezbollah au Liban en 2006 plane sur cette entreprise et Israël veut l’exorciser. Le Hamas et les autres groupes militants à Gaza disposent d’environ 15 000 hommes en armes, dont l’élite sont les 1000 combattants des brigades Iz al-Din al-Qassam. Il est douteux qu’une force de cette ampleur puisse causer le type de pertes militaires subies par Israël au Liban. Israël jugera du succès de son opération à l’aune des coups qu’il aura porté à la structure de commandement du Hamas, ainsi qu’à sa capacité à lancer des roquettes. Mais même si l’armée israélienne parvient à ses objectifs et que le Hamas est détruit à la fois comme une armée et en tant qu’organisation, elle aura également détruit les derniers vestiges du gouvernement dans la bande de Gaza. Israël aurait alors combattu pour revenir à la situation de 1994, avant l’avènement de l’Autorité Palestinienne, quand il contrôlait directement la bande de Gaza. Cela n’est manifestement pas ce qu’il veut, parce que cela signifierait une nouvelle prise de contrôle des 1,5 million d’habitants de Gaza. Installer un gouvernement palestinien délégué serait tout aussi contraignant. Détruire l’infrastructure du pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza détruirait du même coup le gouvernement de l’avenir duquel dépendra de cessez-le-feu. Pour ne prendre qu’un exemple, mais significatif, la moitié des ambulances de la bande de Gaza ont déjà été détruites.

Le Hamas est plus que d’une armée de guérilla. C’est également un mouvement politique. En tant que tel, le Hamas sera considéré comme ayant supporté le choc de la puissance occupante et la revendication du Hamas à assumer la direction du mouvement national palestinien sera renforcée en conséquence. Si les Nations Unies restent inactives tandis que l’opération terrestre se poursuit, le Fatah en Cisjordanie sera de plus en plus perçu par la rue palestinienne comme un régime de Vichy, ne pouvant servir qu’à la collaboration. La désunion entre les factions palestiniennes observée la semaine dernière en Cisjordanie ne doit pas être interprétée comme un assentiment. Il y a aussi une vraie colère, et de la pire sorte - une colère sans leadership efficace. Il n’y a qu’un seul moyen de sortir du piège politique où se trouvent maintenant les forces israéliennes : c’est un cessez-le-feu immédiat. Il permettrait de renforcer la crédibilité du Hamas, mais pas autant que ne pourrait le faire une victoire militaire totale.

Publié dans Gaza News Info

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